Flow et gratitude : tester vos outils de coaching sans survendre leurs effets
Un exercice de gratitude peut sembler bienvenu après une semaine difficile. Encore faut-il savoir ce que votre client souhaite travailler : reconnaître les soutiens reçus, comprendre une déception ou trouver comment alléger sa charge. Ces demandes n’appellent pas la même proposition.
Le flow et la gratitude offrent des pistes à explorer en coaching. Pour les utiliser avec justesse, vous devez pouvoir relier l’exercice à la demande, expliquer ce que les recherches permettent d’en attendre et laisser au client la possibilité de constater qu’il ne lui apporte rien.
Le flow, une piste pour explorer l’engagement dans une activité
Le flow désigne un état d’absorption dans une activité vécue comme gratifiante, avec un sentiment de contrôle relativement fluide. L’équilibre entre le défi et les compétences aide à en comprendre les conditions, mais il ne suffit pas. Dans un article de perspective scientifique, Durcan, Holland et Bhattacharya, chercheurs à Goldsmiths, Université de Londres, examinent également le rôle de l’autonomie, de la motivation, des objectifs clairs et du retour sur l’action. Leur travail propose un cadre de recherche, pas une méthode de coaching dont les effets seraient garantis. *Communications Psychology*, 2024.
En séance, ces éléments peuvent vous aider à explorer une activité dans laquelle le client souhaite s’engager davantage. Sait-il ce qu’il cherche à accomplir ? Dispose-t-il des informations nécessaires ? La difficulté lui paraît-elle accessible ? Vous avez là des objets de travail concrets, sans avoir à promettre de « déclencher son flow ». Un travail accompli avec effort peut tout à fait répondre à son besoin.
Prenons une situation fictive. Inès, consultante indépendante, repousse la rédaction de ses propositions commerciales. Elle demande à retrouver de la concentration. En décrivant sa manière de travailler, elle relève qu’elle commence sans avoir choisi ce qu’elle veut terminer, consulte ses messages et cherche des informations encore manquantes.
Elle pourrait essayer de préparer les données disponibles, puis de réserver un créneau à un livrable limité : rédiger le problème du prospect et le résultat attendu. Le bilan porterait sur ce qu’elle a pu faire et sur ce qui l’a bloquée. Même si une première trame était terminée, cela ne suffirait pas à conclure qu’elle a vécu du flow. Un journal de gratitude répondrait, lui, à une autre intention, dont la pertinence resterait à établir.
La gratitude : un effet moyen modeste, une utilité à examiner avec chacun
Une méta-analyse publiée en 2025 dans les PNAS rassemble 145 publications et 24 804 participants issus de 28 pays. Elle observe une faible amélioration moyenne du bien-être après des interventions de gratitude. Les effets varient selon les pays et certaines caractéristiques des interventions. Choi et ses collègues, universités Kyung Hee, Chicago, Californie à San Diego et Floride, 2025.
Ces résultats donnent une raison d’envisager ce type d’exercice. Ils ne démontrent ni son utilité pour chaque client ni l’efficacité d’un carnet particulier. Ils ne permettent pas davantage de décider à la place de la personne du moment où elle devrait porter son attention sur ce qui va bien.
Dans une contribution professionnelle publiée le 17 septembre 2026, Jennifer Britton invite les coachs de groupes et d’équipes à clarifier le sens des conversations de reconnaissance. Elle souligne les limites des compliments génériques et des remerciements obligatoires, puis propose de s’intéresser aux contributions précises et à ce qu’elles ont permis. The Coaching Tools Company, 2026.
Cette attention au sens de l’exercice est utile aussi pour examiner votre proposition en accompagnement individuel. Si le client souhaite comprendre une colère ou une déception, accueillez cette expérience avant de lui suggérer de chercher du positif.
Un échange hypothétique pourrait partir d’une demande comme : « Après un rendez-vous décevant, je considère que toute ma journée est ratée. » Vous pourriez alors proposer : « Examiner aussi ce qui vous a aidé dans cette journée pourrait vous permettre de mieux identifier vos appuis. Est-ce utile pour vous ? » L’hypothèse est explicite. Le refus doit rester possible, sans justification à fournir.
Le stress oblige aussi à regarder les conditions de travail
L’International Coaching Community avait annoncé pour le 21 septembre 2026 un webinaire consacré au passage de la détresse à l’« eustress », présenté comme un stress stimulant. Le programme associé évoque notamment la résilience et l’antifragilité. Il s’agit d’une proposition de formation, qui ne constitue pas en elle-même une preuve d’efficacité. International Coaching Community, 2026.
Avant d’inviter un client à envisager sa difficulté comme un défi, examinez ses moyens d’action. Quels délais peut-il négocier ? De quelles ressources dispose-t-il ? Quelle part de la charge échappe à ses décisions ?
L’INRS recommande de privilégier une prévention collective du stress, centrée sur le travail et son organisation. Un exercice individuel ne remplace donc pas une action sur une charge excessive. Cette limite concerne directement le choix de l’outil : préciser une tâche ou reconnaître un soutien ne résout pas, à soi seul, un manque de moyens. INRS, 2023.
Convenez de ce qui rendrait l’essai utile, puis revenez-y
Pour passer de l’intérêt pour un outil à son utilisation, partez d’un épisode récent. « Être plus positif » reste une intention difficile à examiner. Comprendre pourquoi un rendez-vous décevant efface le reste de la journée, ou pourquoi une proposition commerciale n’est jamais commencée, donne une prise plus précise.
Les modalités qui suivent sont des suggestions pratiques, pas un protocole scientifiquement validé. Elles s’inscrivent dans l’attention portée par l’ICF aux objectifs construits avec le client et à son autonomie. International Coaching Federation, référentiel 2025.
Choisissez ensemble une seule piste et une durée compatible avec l’agenda réel. Pour la gratitude, l’essai pourrait consister à noter un événement précis et son importance personnelle, sans obligation de remplir une page. Pour l’engagement dans une tâche, quelques créneaux assortis d’un résultat attendu peuvent fournir une matière à discuter.
Précisez dès le départ ce qui justifierait de modifier ou d’arrêter : une contrainte disproportionnée, un exercice vécu comme une obligation, un lien devenu flou avec l’objectif. La durée prévue ne vous engage pas à poursuivre coûte que coûte.
Au rendez-vous suivant, laissez d’abord le client raconter ce qu’il a essayé et remarqué, y compris ce qui n’a rien changé. Revenez ensuite à l’intention de départ :
- Une action a-t-elle été réalisée : commencer une tâche, terminer un document, demander de l’aide ?
- Le client a-t-il identifié un appui, une condition favorable ou une difficulté plus précise ?
- Quel temps et quel effort l’exercice lui a-t-il demandés ?
Un document terminé et un sentiment d’engagement accru apportent des informations différentes. Aucun ne suffit à établir que l’exercice a causé l’amélioration. Une semaine plus calme, une aide extérieure ou un délai repoussé peuvent aussi avoir compté.
De même, un essai abandonné ne prouve pas un manque de motivation. Il peut conduire à revoir la consigne, le moment choisi ou votre hypothèse. Si le client ne voit pas de lien utile avec sa demande, vous avez une raison de modifier la proposition ou de l’arrêter.
Lectures recommandées
Questions fréquentes
Quel est l’essentiel à retenir de « Flow et gratitude : tester vos outils de coaching sans survendre leurs effets » ?
Face aux promesses du flow, de la gratitude et de la résilience, une démarche pour choisir un exercice, l’expérimenter avec votre client et examiner son utilité.
Comment appliquer ces conseils concrètement cette semaine ?
Commencez par une seule action prioritaire, mesurez le résultat pendant 7 à 14 jours, puis ajustez progressivement selon vos observations.
Faut-il adapter ces recommandations à son contexte personnel ?
Oui. Le contexte de santé, le niveau d’expérience et les contraintes personnelles changent l’application pratique. En cas de doute médical, demandez un avis professionnel.